Big Four et audit : ce que font vraiment Deloitte, PwC, EY et KPMG
Les Big Four sont les quatre plus grands réseaux mondiaux d'audit et de conseil : Deloitte, PwC, EY et KPMG. Ils certifient les comptes de la quasi-totalité des plus grandes entreprises cotées dans le monde, et ont réalisé ensemble plus de 210 milliards de dollars de chiffre d'affaires sur l'exercice 2024, avec environ 1,5 million de salariés. Leur métier d'origine, l'audit légal, consiste à vérifier que les comptes d'une entreprise sont réguliers et sincères. Mais l'audit ne représente plus qu'une partie de leur activité : le conseil, la fiscalité et l'accompagnement des fusions-acquisitions pèsent désormais davantage. C'est ce mélange qui alimente, depuis vingt ans, le débat sur leur indépendance.
L'audit légal certifie les comptes pour le public
Un auditeur légal, appelé commissaire aux comptes en France, examine les comptes annuels d'une entreprise et émet une opinion : il les certifie, les certifie avec réserves, ou refuse de les certifier. Il ne travaille pas pour les dirigeants, mais pour ceux qui lisent ces comptes : actionnaires, banques, salariés, administration. C'est pourquoi la loi impose qu'il soit indépendant de l'entreprise qu'il contrôle.
En France, l'audit est obligatoire au-delà de certains seuils de bilan, de chiffre d'affaires et d'effectif, et pour toutes les sociétés cotées, banques et assurances. Les groupes qui publient des comptes consolidés doivent même nommer deux commissaires aux comptes, une règle de co-commissariat propre à la France. Elle explique la place d'un cinquième acteur dans le pays, Forvis Mazars, souvent associé à l'un des Big Four sur les grands groupes du CAC 40.
Le conseil pèse désormais plus que l'audit
Les quatre réseaux sont organisés en grandes lignes de métier. L'audit et l'assurance, historiquement centraux, représentent aujourd'hui une part minoritaire du chiffre d'affaires mondial de la plupart d'entre eux. Le conseil, sous toutes ses formes, a pris le dessus.
| Ligne de métier | Ce qu'elle fait | Exemples de missions |
|---|---|---|
| Audit et assurance | Certifier les comptes et d'autres informations publiées | Comptes annuels, normes IFRS, contrôle interne, rapports de durabilité |
| Conseil | Accompagner la transformation des entreprises | Systèmes d'information, cybersécurité, organisation, stratégie |
| Fiscalité et juridique | Conseiller sur l'impôt et le droit des affaires | Prix de transfert, conformité fiscale, structuration de groupes |
| Transactions | Accompagner achats, ventes et restructurations | Due diligence, évaluations, financement, restructurations |
Le dernier domaine en date est la certification des informations de durabilité. La directive européenne CSRD a créé l'obligation pour les grandes entreprises de publier des données environnementales et sociales vérifiées par un tiers, un nouveau marché que les Big Four se disputent avec les cabinets spécialisés, même si son calendrier a été allégé et reporté par l'Union européenne en 2025.
Deloitte est le premier des quatre
| Réseau | Chiffre d'affaires mondial, exercice 2024 | Effectifs approximatifs |
|---|---|---|
| Deloitte | 67,2 milliards de dollars | 460 000 |
| PwC | 55,4 milliards de dollars | 370 000 |
| EY | 51,2 milliards de dollars | 390 000 |
| KPMG | 38,4 milliards de dollars | 275 000 |
Les exercices ne se terminent pas à la même date selon les réseaux, entre mai et septembre, et les chiffres sont publiés par chacun. L'écart entre Deloitte et KPMG s'explique surtout par le conseil, où Deloitte a beaucoup plus investi. Pour l'histoire des fusions qui ont abouti à ces quatre noms, des Big Eight des années 1980 à la chute d'Arthur Andersen en 2002, voyez notre article sur l'histoire des Big Four.
Auditer et conseiller le même client pose problème
La critique principale tient en une question : un cabinet qui certifie les comptes d'une entreprise peut-il rester sévère avec elle s'il lui vend, en parallèle, des missions de conseil bien plus rentables ? Après la faillite d'Enron, auditée par Arthur Andersen, les États-Unis ont durci les règles en 2002. L'Europe l'a fait en 2014.
Le règlement européen sur l'audit des entités d'intérêt public, sociétés cotées, banques et assurances, interdit à l'auditeur de leur fournir une liste de services, dont une grande partie du conseil fiscal et la conception des systèmes financiers. Les autres services sont plafonnés à 70 % de la moyenne des honoraires d'audit des trois dernières années. Le même cabinet ne peut pas non plus auditer indéfiniment la même entreprise : en France, la durée maximale est de dix ans, prolongeable jusqu'à seize ans après un appel d'offres, ou vingt-quatre en cas de co-commissariat.
EY a tenté d'aller plus loin en séparant complètement ses activités d'audit et de conseil dans deux entités distinctes, un projet baptisé Everest. Il a été abandonné en avril 2023, faute d'accord entre les associés, notamment américains.
Quatre cabinets pour les plus grands groupes
La concentration du marché est l'autre sujet. Pour une entreprise mondiale, il n'existe en pratique que quatre réseaux capables de l'auditer dans tous les pays où elle opère. Si l'un d'eux est déjà son conseil, ou s'il audite son concurrent direct, le choix se réduit à deux ou trois. Les régulateurs britanniques ont envisagé de séparer audit et conseil par la loi, sans aller au bout. Le co-commissariat français est souvent cité comme un moyen d'ouvrir le marché à d'autres cabinets, comme Forvis Mazars, Grant Thornton ou BDO.
Un premier emploi très recherché
Les Big Four recrutent chaque année des milliers de jeunes diplômés en France, issus d'écoles de commerce, d'écoles d'ingénieurs et de masters universitaires, notamment en comptabilité, contrôle et audit. Le parcours suit une grille connue : junior, senior, manager, senior manager, puis associé. Un auditeur débutant à Paris gagne en général autour de 40 000 à 45 000 euros bruts par an. Les mois de janvier à avril, période de clôture des comptes, sont réputés pour leurs journées très longues.
La plupart des auditeurs quittent le cabinet après trois à six ans, souvent pour la direction financière d'une entreprise, où l'expérience Big Four est très valorisée. Pour comparer les quatre cabinets avant de postuler, cultures et spécialités, voyez notre article sur le Big Four à choisir selon son projet.
- Deloitte, PwC, EY et KPMG ont réalisé plus de 210 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2024.
- L'audit légal certifie les comptes pour les actionnaires et le public, pas pour les dirigeants.
- Le conseil pèse aujourd'hui plus lourd que l'audit dans leurs revenus.
- L'Europe plafonne depuis 2014 le conseil vendu aux clients audités et impose une rotation des auditeurs.
- En France, le co-commissariat fait une place à un cinquième acteur, Forvis Mazars.
Questions fréquentes
Pourquoi dit-on Big Four et pas Big Five ?
Ils étaient cinq jusqu'en 2002. Arthur Andersen, auditeur d'Enron, a été condamné pour destruction de documents dans l'affaire et s'est effondré en quelques mois, même si la condamnation a ensuite été annulée par la Cour suprême américaine en 2005. Aucun autre cabinet n'a depuis atteint une taille comparable.
Quelle différence entre audit légal et audit interne ?
L'audit légal est réalisé par un commissaire aux comptes extérieur et indépendant, obligatoire au-delà de certains seuils, qui certifie les comptes pour le public. L'audit interne est un service de l'entreprise elle-même, qui contrôle ses procédures et ses risques pour le compte de la direction.
Une PME peut-elle faire appel à un Big Four ?
Oui, mais leurs tarifs et leur organisation sont pensés pour les grands groupes. Une PME soumise à l'audit fait le plus souvent appel à un cabinet de commissaires aux comptes de taille régionale ou nationale, souvent moins cher et plus disponible.