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Big Four et audit : ce que font vraiment Deloitte, PwC, EY et KPMG

Publié le 6 juillet 2026 , 6 min de lecture

Immeuble de bureaux de grande entreprise d'audit et de conseil dans un quartier d'affaires

Les Big Four, Deloitte, PricewaterhouseCoopers (PwC), Ernst & Young (EY) et KPMG, sont les quatre plus grands cabinets d'audit et de services professionnels au monde. Omniprésents dans les grandes entreprises, les banques, les administrations publiques et les organisations internationales, ils génèrent ensemble plus de 200 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel et emploient plus de 1,5 million de personnes à travers le monde. Pourtant, pour la plupart des gens, leurs activités restent floues. Voici ce qu'ils font vraiment, comment ils sont organisés et pourquoi ils font régulièrement débat.

D'où viennent les Big Four ?

Les Big Four résultent d'un processus de consolidation progressive du secteur de l'audit et du conseil sur plusieurs décennies. Il y avait d'abord les Big Eight dans les années 1980, puis les Big Six, puis les Big Five (avant la disparition d'Arthur Andersen suite au scandale Enron en 2002), et enfin les Big Four actuels. Chacun est issu de fusions successives entre de grands cabinets américains et britanniques du 20e siècle.

PwC est né de la fusion en 1998 de Price Waterhouse et Coopers & Lybrand. Ernst & Young est né de la fusion de Ernst & Whinney et d'Arthur Young en 1989. KPMG est l'acronyme des fondateurs : Klynveld, Peat, Marwick, Goerdeler. Deloitte est le plus grand des quatre en chiffre d'affaires global depuis plusieurs années.

Les métiers des Big Four : bien plus que l'audit

Les Big Four sont souvent assimilés à l'audit comptable, mais cette vision est aujourd'hui largement incomplète. L'audit (certification des comptes des entreprises) ne représente plus que 30 à 40 % de leur chiffre d'affaires total. Leur activité s'est massivement diversifiée vers le conseil.

Ligne de servicePart du CA (approx.)Exemples de missions
Audit et assurance30-40 %Certification des comptes annuels, IFRS, SOX
Conseil (Consulting)25-35 %Transformation digitale, ERP, IT, opérations
Fiscalité et droit15-20 %Optimisation fiscale, structuration juridique, conformité
Advisory / Transactions10-20 %Due diligence, restructuration, transaction services, M&A

Les Big Four en chiffres

Pour l'exercice 2024-2025, les quatre cabinets affichent des résultats qui illustrent l'ampleur de ces structures. Deloitte est depuis plusieurs années le premier cabinet mondial par le chiffre d'affaires, autour de 67 milliards de dollars pour l'exercice 2024. PwC est second (environ 55 milliards), suivi d'EY (environ 51 milliards) et KPMG (environ 36 milliards). Ensemble, les quatre cabinets emploient plus de 1,5 million de personnes dans plus de 160 pays.

Ces cabinets ne sont pas des sociétés cotées en bourse : ils fonctionnent comme des partenariats, dans lesquels les associés (partners) détiennent les parts et perçoivent une quote-part des bénéfices annuels. Chaque cabinet mondial n'est d'ailleurs pas une entité juridique unique mais un réseau de cabinets membres nationaux, liés entre eux par des accords de coopération et d'utilisation de la marque.

La controverse : audit et conseil, peut-on faire les deux ?

La principale critique adressée aux Big Four est celle du conflit d'intérêts entre leurs activités d'audit et leurs activités de conseil. Un cabinet qui certifie les comptes d'une entreprise et qui, dans le même temps, lui vend des missions de conseil peut-il rester objectif dans son audit ? Cette question est au coeur de plusieurs scandales et réformes réglementaires.

Le règlement européen sur l'audit de 2014 a introduit des restrictions importantes : les Big Four ne peuvent pas fournir à leurs clients audités certains services de conseil dépassant un seuil de 70 % des honoraires d'audit. La rotation obligatoire des cabinets d'audit pour les entités d'intérêt public (sociétés cotées, banques, assurances) a également été imposée tous les 10 ans en France. EY a tenté en 2022 une séparation de ses activités audit et conseil (le projet "Everest"), qui a finalement échoué en 2023 faute de consensus interne.

Les Big Four ont été au coeur de plusieurs scandales retentissants : Ernst & Young pour l'audit de Wirecard en Allemagne (fraude de 1,9 milliard d'euros non détectée), KPMG pour ses relations avec le gouvernement sud-africain dans l'affaire Gupta, Deloitte pour certaines missions en Afrique du Sud. Ces affaires ont relancé le débat sur l'indépendance réelle des auditeurs et sur la concentration du marché de l'audit entre quatre acteurs seulement.

Salaires et carrière dans les Big Four

Les Big Four recrutent massivement chaque année, principalement parmi les diplômés de grandes écoles de commerce et d'ingénieurs, mais aussi des universités. La progression de carrière suit un schéma bien défini : auditeur junior (bac+5), senior (2-4 ans d'expérience), manager (5-8 ans), senior manager puis associé (partner). Pour les postes juniors, les salaires en France sont généralement compris entre 38 000 et 50 000 euros annuels bruts. Les managers gagnent entre 70 000 et 120 000 euros. Les partners (associés) ont une rémunération variable basée sur les bénéfices du cabinet, pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros annuels.

La culture Big Four est réputée pour son rythme soutenu, notamment pendant les périodes de clôture des comptes (janvier-avril) où les heures supplémentaires sont fréquentes. En contrepartie, l'expérience acquise est très valorisée sur le marché : un auditeur Big Four de 3-4 ans d'expérience est très recherché dans les directions financières des grandes entreprises. L'exit Big Four vers l'industrie est une trajectoire classique et souvent très bien rémunérée.

  • Les Big Four (Deloitte, PwC, EY, KPMG) génèrent ensemble plus de 200 Md$ de CA et emploient 1,5 million de personnes dans 160+ pays.
  • Leur activité va bien au-delà de l'audit : conseil, fiscalité, transactions représentent souvent plus de 60 % de leur CA.
  • Ils fonctionnent comme des partenariats privés, organisés en réseaux de cabinets membres nationaux.
  • Le conflit d'intérêts audit/conseil reste un sujet de débat réglementaire actif (rotation obligatoire, plafond de services).
  • Salaires juniors France : 38-50 k€/an brut ; l'expérience Big Four est très valorisée pour les exits vers l'industrie.

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on Big Four et pas Big Five ou plus ?

Il y avait jusqu'au début des années 2000 un Big Five, avec Arthur Andersen comme cinquième acteur. L'effondrement d'Andersen en 2002, consécutif au scandale Enron (Andersen avait certifié des comptes frauduleux et détruit des preuves), a réduit le groupe à quatre cabinets. Des tentatives de montée en puissance d'autres acteurs (BDO, Grant Thornton) n'ont jamais abouti à la création d'un nouveau concurrent de taille comparable.

Quelle différence entre audit légal et conseil dans les Big Four ?

L'audit légal (ou commissariat aux comptes en France) est une mission réglementée : les entreprises dépassant certains seuils sont obligées par la loi de faire certifier leurs comptes par un commissaire aux comptes. C'est une mission indépendante dont le rôle est de donner une opinion sur la régularité et la sincérité des états financiers. Le conseil est une mission commerciale librement choisie par l'entreprise : elle paie le cabinet pour lui apporter une expertise (transformation, IT, fiscalité, M&A) sans contrainte légale.

Peut-on faire carrière toute sa vie dans un Big Four ?

Oui, certains professionnels font toute leur carrière dans les Big Four et deviennent associés. Mais la structure des Big Four est conçue sur le modèle "up or out" : si vous ne progressez pas assez vite pour devenir manager puis associé, vous serez invité à partir. La plupart des juniors et seniors quittent après 3 à 6 ans pour rejoindre des entreprises ou d'autres cabinets. Seule une minorité atteint le grade d'associé, qui représente le vrai sommet de la carrière Big Four.