Comment faire du compost chez soi : le guide pour débutants
Chaque année, un foyer français produit en moyenne 80 kg de déchets organiques. Épluchures, marc de café, restes de jardin : tout ça finit à la poubelle, incinéré ou enfoui. Et pourtant, ce même déchet peut se transformer en un amendement naturel de grande qualité pour votre jardin ou vos pots de fleurs. Faire son compost chez soi, c'est l'une des actions écologiques les plus concrètes et les moins contraignantes que l'on puisse adopter au quotidien.
Pas besoin d'un grand jardin ni de connaissances particulières pour se lancer. Avec quelques règles de base et un peu de régularité, vous pouvez produire votre propre terreau en quelques mois, réduire vos ordures ménagères de 30 à 40 % et enrichir votre sol sans dépenser un centime en engrais chimique.
Pourquoi composter : les raisons vraiment convaincantes
Le compostage n'est pas une lubie de jardinier du dimanche. C'est une technique ancienne, utilisée depuis des siècles dans l'agriculture, qui connaît un retour en grâce largement mérité. La première raison de se lancer est environnementale : les déchets organiques enfouis en décharge produisent du méthane, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO2. En les compostant, on coupe ce cycle.
La deuxième raison est pratique. Un compost mûr, c'est de l'humus riche en micro-organismes, en nutriments et en matière organique. Intégré à votre terre, il améliore sa structure, sa rétention d'eau et sa fertilité. Les plantes poussent mieux, les légumes ont plus de goût, les fleurs fleurissent plus longtemps. C'est un cercle vertueux : les déchets de la cuisine retournent au sol qui nourrit la cuisine.
La troisième raison, souvent négligée, est économique. Un sac de terreau universel coûte entre 5 et 15 euros. Un bon compost maison ne coûte rien, ou presque.
Les trois types de composteurs : lequel choisir ?
Avant de commencer, il faut choisir le bon dispositif. Il en existe trois grandes familles, chacune adaptée à un contexte différent.
Le bac à compost extérieur est la solution la plus répandue pour les maisons avec jardin. Il se présente sous forme d'un bac en plastique recyclé ou en bois, posé directement sur la terre. Sa capacité varie de 200 à 800 litres. L'avantage principal : le contact avec le sol facilite l'arrivée des vers de terre et des micro-organismes décomposeurs. Le compost se forme de façon naturelle, sans intervention excessive. C'est la solution la plus simple pour débuter.
Le lombricomposteur est la solution pour les appartements ou les maisons sans jardin. Beaucoup plus compact, il tient sur un balcon ou même dans une cuisine. Son principe repose sur l'utilisation de vers de compost (Eisenia fetida), qui digèrent les matières organiques beaucoup plus rapidement que les bactéries seules. Un lombricomposteur bien entretenu ne dégage aucune mauvaise odeur. Il produit deux choses très utiles : du compost solide et du jus de lombric, un engrais liquide ultra-concentré à diluer dans l'eau.
Le tas libre est la méthode la plus ancienne et la plus simple. On empile les matières dans un coin du jardin, on laisse faire la nature. C'est gratuit, sans matériel, mais moins esthétique et plus lent. Convient aux grandes surfaces, aux jardiniers peu pressés et aux propriétaires qui ont de la place.
Ce qu'on peut mettre dans le compost... et ce qu'on évite
C'est souvent la question qui bloque les débutants. On a peur de faire une erreur, d'attirer des nuisibles ou de créer des mauvaises odeurs. La réalité est plus simple : la grande majorité des déchets organiques peuvent aller au compost.
| Ce qui va dans le compost | Ce qui n'y va pas |
|---|---|
| Épluchures de légumes et de fruits | Viande, poisson, os |
| Marc de café et filtres en papier | Produits laitiers |
| Sachets de thé (sans agrafe) | Huiles et graisses cuites |
| Coquilles d'oeufs écrasées | Agrumes en grande quantité (acidifient trop) |
| Tonte de gazon, feuilles mortes | Plantes malades ou traitées aux pesticides |
| Carton brun, papier journal non glacé | Excréments de carnivores (chien, chat) |
| Fleurs fanées, tiges broyées | Plantes envahissantes (chiendent, liseron) |
| Cheveux, ongles | Médicaments, produits chimiques |
La viande et le poisson sont exclus pour une raison simple : ils attirent les rats et les mouches, et dégagent de très mauvaises odeurs en se décomposant. Les agrumes peuvent être ajoutés en petites quantités, mais en excès ils acidifient le compost et repoussent les vers.
Le principe brun/vert : l'équilibre carbone/azote
C'est le secret d'un bon compost : alterner les matières riches en carbone (les brunes) et celles riches en azote (les vertes). Sans cet équilibre, le compost devient soit trop humide et malodorant, soit trop sec et bloqué.
Les matières brunes ou carbonées sont : le carton, le papier, la paille, les feuilles mortes sèches, les copeaux de bois, la litière végétale. Elles apportent la structure et absorbent l'humidité. Les matières vertes ou azotées sont : les épluchures de légumes frais, la tonte de gazon fraîche, le marc de café, les restes de repas végétaux. Elles apportent l'azote nécessaire à l'activité microbienne.
La règle de base : pour chaque couche de matières vertes, ajoutez une couche équivalente de matières brunes. En pratique, ça ressemble à ceci : vous mettez vos épluchures de la semaine, puis vous posez par-dessus quelques poignées de feuilles sèches ou un morceau de carton déchiqueté. Simple et efficace.
Entretenir son compost au quotidien
Ajouter les déchets au fur et à mesure
Déposez vos épluchures et matières organiques régulièrement, en petites couches. Pensez à toujours couvrir avec une matière brune (carton, feuilles) pour équilibrer l'humidité et éviter les odeurs.
Contrôler l'humidité
Le compost doit être humide comme une éponge qu'on vient d'essorer : pas trop sec, pas trop mouillé. Si la masse dégage une odeur de pourri ou d'ammoniaque, ajoutez des matières sèches. Si elle est complètement sèche, arrosez légèrement.
Aérer en retournant régulièrement
Toutes les deux à trois semaines, donnez quelques coups de fourche ou de brasseur à compost pour oxygéner la masse. L'oxygène est indispensable aux bactéries aérobies qui décomposent la matière. Un compost non aéré fermente mal et sent mauvais.
Surveiller les nuisibles
Les vers de terre sont vos alliés : leur présence est un bon signe. En revanche, si vous voyez des larves de mouches ou sentez une forte odeur, vérifiez que vous n'avez pas ajouté de protéines animales. Couvrez le bac si nécessaire.
Comment savoir si le compost est prêt ?
Un compost mûr a une apparence et une odeur bien particulières. Il est de couleur brun foncé, presque noir, homogène et friable. Il sent la forêt après la pluie, une odeur de terre fraîche légèrement sucrée. On ne distingue plus les matières d'origine : il ne reste ni épluchures reconnaissables, ni morceaux de carton.
Le délai varie selon la méthode et la saison. Dans un bac extérieur avec brassage régulier, comptez 6 à 9 mois. Dans un lombricomposteur, 3 à 4 mois suffisent. En été, la décomposition est deux fois plus rapide qu'en hiver, où les micro-organismes ralentissent leur activité.
Si vous trouvez encore des éléments non décomposés au fond, tamisez simplement : les parties fines sont prêtes, les plus grosses morceaux retournent dans le bac pour un deuxième cycle.
Comment utiliser son compost
Une fois prêt, le compost s'utilise de plusieurs façons. En amendement de fond : incorporez 2 à 3 kg par mètre carré dans la terre avant la plantation. En paillage : déposez 3 à 5 cm au pied des arbres et arbustes pour limiter l'évaporation et nourrir le sol progressivement. Pour les plantes en pot : mélangez 20 à 30 % de compost à votre terreau du commerce.
Attention à ne pas l'utiliser pur pour les semis : le compost est trop riche et peut brûler les jeunes pousses. Diluez-le toujours dans de la terre ou du terreau ordinaire.
Ce qu'il faut retenir
- Choisir son composteur selon son logement : bac extérieur pour jardin, lombricomposteur pour appartement, tas libre pour grand espace.
- Respecter l'équilibre brun/vert : une couche de matières sèches pour une couche humide.
- Jamais de viande, poisson, graisses ou produits laitiers dans le compost.
- Aérer toutes les deux semaines et contrôler l'humidité régulièrement.
- Un compost mûr sent la terre de forêt et se tamise sans odeur désagréable.
- L'utiliser en amendement de fond, en paillage ou mélangé au terreau, jamais pur pour les semis.
Questions fréquentes
Mon compost sent mauvais, que faire ?
Une odeur de pourriture ou d'ammoniaque indique généralement un excès d'humidité ou un déséquilibre brun/vert. Ajoutez immédiatement des matières sèches (carton déchiré, feuilles mortes, copeaux de bois) et aérez en retournant la masse. Si l'odeur persiste, vérifiez qu'aucun produit interdit (viande, graisses) n'a été ajouté par erreur.
Peut-on composter en appartement sans balcon ?
Oui, grâce au lombricomposteur. Il en existe des modèles compacts qui tiennent sous l'évier ou dans un placard. Bien entretenu, il ne dégage aucune odeur perceptible. Les seules contraintes sont de ne pas le placer près d'une source de chaleur et de ne pas y mettre d'aliments acides ou gras.
Pourquoi mes épluchures ne se décomposent pas ?
Plusieurs raisons possibles : le compost est trop sec (arrosez légèrement), trop froid (en hiver la décomposition ralentit fortement), ou les morceaux sont trop gros. Coupez les épluchures en petits morceaux avant de les ajouter : plus la surface de contact est grande, plus les micro-organismes travaillent vite.
Combien de temps faut-il avant d'avoir du compost utilisable ?
Entre 3 et 9 mois selon la méthode, la saison et la régularité d'entretien. Un lombricomposteur actif produit du compost en 3-4 mois. Un bac extérieur peu brassé peut prendre 12 mois. En été, la chaleur accélère le processus. En hiver, la décomposition quasi s'arrête et reprend au printemps.
Le compost attire-t-il les nuisibles comme les rats ?
Un compost bien tenu n'attire pas les rongeurs si l'on respecte la règle principale : aucune protéine animale. Les rats sont attirés par la viande, le poisson, les fromages et les restes de repas cuisinés. Un compost de végétaux ne les intéresse pas. Fermez tout de même le bac avec un couvercle si vous habitez en zone urbaine, pour plus de sécurité.