La rentrée des clubs de foot se fait timidement après une longue suspension liée au Coronavirus. En effet, depuis la mi-mars, aucun match n’a eu lieu et les diffuseurs ont dû revoir leur programmation. La polémique s’installe aujourd’hui sur le fait que les abonnés s’estiment lésés face à cette situation.

Les recours en justice s’organisent un peu partout en France pour réclamer le remboursement de l’abonnement sur les mois de suspension de la diffusion. De leur côté, les diffuseurs officiels, à savoir Canal+ et BeIN Sports, font valoir le cas de force majeure. Et aucun compromis n’est pour l’instant envisagé entre les deux parties. À travers cet article, nous vous emmenons pour un retour sur les causes de cette polémique qui a secoué le monde du football. Découvrez par la même occasion les enjeux réels de la problématique des droits TV qui va au-delà du simple divertissement sportif.

Grogne du côté des clients : les services d’un cabinet d’avocats

Trois mois après la suspension des matchs en direct, les abonnés attendent en vain un geste commercial qui tarde à venir. Aussi, le ton hausse et beaucoup estiment que Canal+ manque à ses obligations. La situation est telle qu’un recours collectif se précise de plus en plus. Partout en France, les abonnés font appel à des cabinets spécialisés tels qu’Active Avocats, spécialiste notamment du droit du sport pour plaider leur cause. Le cabinet défend ainsi les abonnés de Canal+ et BeIN Sports dans l’optique d’entamer une procédure judiciaire visant à obtenir une compensation financière.

Pour comprendre où le bât blesse, il faut revenir au début du mois d’avril quand le patron de Canal+ s’exprime à propos de la situation. Maxime Saada affirmait à l’époque que son groupe ne pouvait s’engager à payer pour des matchs qui n’avaient pas eu lieu.

Aussi, il précisait que le paiement des droits TV serait tout bonnement suspendu jusqu’à la reprise éventuelle de la saison. Cependant, la réciproque pour les abonnés n’est pas envisagée par le groupe qui maintient ses tarifs malgré une offre de moindre qualité. Pour les clients, le parallèle s’établit rapidement avec BeIN Sports. Et le groupe qatari se retrouve dans la même situation que Canal+.

 

diffusion match de foot

Que demandent réellement les abonnés ?

À cause de la pandémie de Coronavirus, les représentations sportives ont cessé depuis la mi-mars. À l’instar de leurs voisins européens, les Français ont eu leur lot de rediffusions sur les chaînes Canal+ et BeIN Sports. Nombreux sont ceux qui regrettent les soirées animées à suivre les matchs en direct. Ils réclament donc réparation et une compensation financière.

Pourtant, ce n’est pas tant cette situation que déplorent les abonnés. Le remboursement demandé ne représente que la face visible de l’iceberg. En effet, les abonnés se regroupent pour faire bloc contre la décision de Canal+ et de BeIN Sports d’arrêter le paiement des droits TV.

Certes, l’absence d’une contrepartie pour les abonnés rend légitime le recours. Mais, il faut savoir que l’abonnement aux bouquets sportifs de Canal+ et de BeIN Sports coûte respectivement 40 et 15 euros par mois. Sur trois mois, le remboursement éventuel représente relativement peu pour chaque client.

Cependant, ces tarifs sont à multiplier par les 3,5 millions d’abonnés de BeIN Sports (selon Florent Houzot, directeur des antennes BeIN Sports). La somme obtenue avoisine les droits TV que le groupe doit verser aux clubs. Le même schéma se reproduit du côté de Canal+ qui affirme avoir annulé un paiement à hauteur de 100 millions d’euros au titre de droits TV du mois d’avril. Par ailleurs, une fois la procédure entamée et concluante, l’abonné se voit offrir deux possibilités. D’abord, il a le choix de garder toute somme perçue. Ou, il peut décider de la reverser au club de Ligue 1 de son choix.

Ainsi, selon toute vraisemblance, cette opération vise d’une part la réparation du préjudice subi par les abonnés. Mais, d’autre part, elle met Canal+ et BeIN Sports au pied du mur. Effectivement, ce recours collectif leur laisse le choix de revenir sur leur décision concernant la suspension totale du paiement des droits TV aux clubs.

Diffusion des matchs de Ligue 1 : des droits TV impayés et des abonnés non remboursés

Pourquoi le paiement des droits TV revêt-il autant d’importance ?

Les droits TV représentent un aspect stratégique pour les diffuseurs en général et pour Canal+ en particulier. En effet, Maxime Saada annonce au début de cette année que le groupe français a négocié à hauteur de 330 millions d’euros les droits de retransmission de la Ligue 1.

En marge de ce marché, BeIN Sports, le titulaire de la licence officielle, confère à Canal+ les droits d’exclusivité sur 5 ans. Tout cela pèse sur les finances du groupe qui espère rentabiliser rapidement l’investissement. Cependant, l’arrivée du Covid-19 bouleverse tous les plans et le groupe trouve la parade pour alléger ses dépenses.

C’est dans ce contexte que le groupe qatari lui emboîte le pas et l’annonce est faite à la Ligue de Football Professionnel (LFP). Les membres du comité exécutif de la LFP se sont tour à tour exprimés sur le sujet. Leur message se veut sans ambiguïté : la Ligue 1 ne survivra pas à cette décision des diffuseurs. En effet, un dirigeant lyonnais de citer, entre autres, un manque à gagner se chiffrant à des centaines de millions d’euros.

Aussi, Jean-Michel Aulas, président à Lyon, redoute une réaction en chaîne à plusieurs niveaux. D’abord, les clubs ne pourront pas payer les salaires de leurs joueurs. Ensuite, les clubs ne seront plus compétitifs au mercato faute de trésorerie. La valeur des clubs et des joueurs chutera sensiblement. Et, dans un moyen terme, les sponsors réduiront leur investissement auprès des clubs français qui n’auront plus assez de visibilité.

Canal+ et BeIN Sports jouent la carte de l’apaisement

Pour désamorcer la situation, les deux diffuseurs se sont rapprochés des dirigeants de la LFP. Ainsi, à l’aube de la reprise de la saison, un accord a été trouvé entre les deux parties. Il porte notamment sur le paiement de droits de retransmission TV mais, à un prix moindre.

L’accord concerne principalement les matchs déjà diffusés et les taux devraient être revus à la hausse suivant l’évolution de la saison. Canal+ a payé 86 % de ses obligations, soit la somme de 37 millions d’euros. De son côté, BeIN Sports s’est acquitté du paiement de ses droits de diffusion à hauteur de 10 millions d’euros, soit 5 millions de moins que ce qui était prévu.